Streets of Rage France

"La cité des Peurs" SOR

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"La cité des Peurs" SOR

Message  Imago le Mer 9 Fév - 13:13

Voici sans doute la plus grande fanfiction de Street of rage qui existe xD puisqu'en réalité, les personnages sont extraits de l'histoire mais sans la respecter, vous verrez donc Axel, Blaze et Adam au sein d'un Paris du futur, troublé par le chaos politique et économique mis en place depuis le début du XXIème siècle :

Je poste les différentes scènes les unes après les autres, et j'en ajoute après vos réations.

La Cité des peurs
Streets of Rage

Théâtre-fiction en cinq actes



PERSONNAGES

FATOUMATA LAGASA, ministre de la Surveillance et la Sécurité
GEORGES RESTLESS, président de la Cité
VÉNALE, porte-parole du syndicat patronal
ALAIN VENTRU, ministre des affaires banlieusardes
LEI, journaliste indépendante
KOKORO RESUBIAN, son amie
KURUMI RESUBIAN, cheftaine de cabinet de la ministre, sœur de Kokoro
AXEL STONE, jeune politique, directeur de cabinet de la ministre
BLAZE AMAL, policière
VLADIMIR BOBINOVITCH, policier
ADAM HUNTER, chef de file du MDRB
LI MINOSE, chef de file du FLB, père de Kurumi
TAMOURA
GALSIA, membre du FLB
RHAMAD AMAL, ex-mari de Blaze, banlieusard
MAYA AMAL, 9 ans, fille de Rhamad et de Blaze
DONOVAN, ami de Rhamad
AISSATOU, banlieusarde, amie d’Adam
Des policiers
Des voyous
Des journalistes
La foule des habitants de la banlieue


La scène se situe dans la Cité et dans sa banlieue.

PROLOGUE

La lumière se fait devant le rideau, Fatoumata et Vénale sont l’une face à l’autre.
VÉNALE. Ils quitteront la Cité !
FATOUMATA. Je sais que vous êtes une ardente syndicaliste, madame Vénale, et je vous sais gré de défendre les intérêts des grands patrons qui en ont bien besoin. Pouvez-vous à présent vous asseoir ?
VÉNALE. Je ne saurai m’asseoir et encore moins me coucher !
FATOUMATA. Ce serait contrevenir à la loi que de vous le demander. Notre plaisir mutuel ne résidera que dans les mots, si vous le voulez bien.
VÉNALE. Le moyen de prendre plaisir à parler avec vous ! Et l’austérité à laquelle vous voulez nous soumettre détruit l’idée même de plaisir, quand j’apprends que vous voulez nationaliser, je dis bien nationaliser, la plus haute valeur qu’il y ait actuellement sur le marché, la plus chère et la plus cotée !
FATOUMATA. Les citoyens ont aujourd’hui compris que leur intérêt ne pouvait se passer du Mur qui les sépare. Notre Cité est en guerre contre les réseaux qui confisquent tous les jours leurs biens et qui les ruinent à force d’avarice et de folie. La cupidité de quelques uns fait la pauvreté de tous les autres et il est de notre devoir, à vous comme à moi, d’y mettre un terme.
VÉNALE. Assez de mots, assez de démarches politiciennes, que voulez-vous ? De l’argent ? J’en ai assez pour recouvrir la surface nue du Kilimandjaro et absorber toute la montée des mers !
FATOUMATA. Bientôt, votre pauvre argent ne suffira plus pour acheter une seule parcelle du Mur. Jetez un coup d’œil sur le cours du pan de Mur séparant la Cité et la Banlieue : vous y verrez un chiffre qui, ma foi, vous ferait croire qu’il est en or massif et l’on pourrait bientôt se dire que ces quelques tonnes de granit n’ont pas de prix et qu’on peut les exposer dans un musée d’art moderne.
VÉNALE. Je trouve ça ignoble de votre part ! Vous avez été économiste, vous savez comment fonctionnent les lois du marché !
FATOUMATA. Vous parlez d’ignominie…
VÉNALE. Vous savez qu’elles ne sont pas négociables, que se sont des lois inflexibles et qu’il ne vous appartient pas d’intervenir au sein d’une entreprise privée ! Vous dites que vous allez changer les choses, que vous serez une bonne ministre de la Sécurité, mais vous ne tiendrez pas quinze jours parce que vous n’êtes qu’une minable banlieusarde !
FATOUMATA. Très bien. Je ne crois pas que vous, Laetitia Vénale, puissiez parler d’ignominie.
VÉNALE. Si, je le peux. Pourquoi ne le pourrais-je pas ?
FATOUMATA. Parce qu’il y a un certain nombre d’ignominies que vous n’avez pas hésité à soutenir, financièrement du moins.
VÉNALE. Par exemple ?
FATOUMATA. Par exemple, je trouve ignoble, moi, d’avoir soutenu un certain nombre de manipulations politiques du côté de la banlieue qui ont mené à la situation que nous vivons aujourd’hui. C’est tout. Pouvons-nous revenir à notre entretien ?
VÉNALE. Lesquelles ? Quelles manipulations ?
FATOUMATA. Vous avez soutenu, via des sociétés-écran donatrices plus que généreuses, la montée en puissance de Minose en Banlieue il y a quinze ans.
VÉNALE. Comment pouvez-vous proférer de telles calomnies…comment pouvez-vous m’insulter ainsi, moi ? La presse sera au courant et vous aurez à répondre de vos accusations.
FATOUMATA. Je vous attends.

ACTE PREMIER
Crainte

Scène 1
Avenue de la Porte 68

Près d’une porte de la ville transformée en poste frontière; un banc au centre, le long de l’avenue, il fait nuit. Une camionnette est garée hors scène, et la lumière de ses phares vient s’ajouter aux lampadaires qui teignent la scène d’une lueur orangée.
Entrent Blaze et Vladimir, tous deux policiers. Blaze est une jeune femme de 28 ans, aux cheveux bruns et longs, attachés pendant son service uniquement, ses traits sont marqués par la solitude et bien qu’étant en bonne forme physique, rien dans son apparence ni son attitude ne montre qu’elle cherche à plaire. Vladimir est un trentenaire qui consacre sa vie à son travail de policier, il a les cheveux courts et bruns et c’est un grand fumeur. Il vient d’envoyer violemment un clandestin dans la camionnette. Blaze est très fâchée.
VLADIMIR. Ça fera le quatrième. Encore une fausse carte.
BLAZE. T’étais pas obligé de le jeter.
VLADIMIR. Tu vois comment il nous a parlé ?
BLAZE. Tu vois comment tu l’as traité ?
VLADIMIR. Tu vois comme il se moque de nous, avec sa comédie…
BLAZE. Et tu ne vois pas, toi, qu’il vit une tragédie ?
VLADIMIR. Pour eux, nous sommes des ennemis, ils veulent nous abattre.
BLAZE. Est-ce que c’est une bonne raison pour les battre ?
VLADIMIR. Tu m’agaces avec tes rimes !
BLAZE. Tu vas finir à l’intérim !
VLADIMIR. Tu comptes me dénoncer ?
BLAZE. Sauf si tu veux renoncer.
VLADIMIR. Mais à quoi, bordel ?
BLAZE. A ta violence et à ton… fiel.
VLADIMIR. Ça veut dire quoi ?
BLAZE. Je sais pas… ça rimait. (Lourd silence)
VLADIMIR. T’es vraiment conne. (Elle vient vite vers lui et lui donne des petits coups, très énervée mais sans haine.) Hé, ho ! (Il sort son taser) Soûle pas. (Il le range)
BLAZE. Tu vois, c’est à cause de gens comme toi qu’y deviennent violents les gars, si on les traitait mieux, ils seraient pas comme ça !
VLADIMIR. C’est ça, t’as cru qu’on était dans un conte de fées ou quoi ? Ils naissent comme ça, ils y peuvent rien, c’est marqué dans leur ADN, un point c’est tout. Ils comprennent rien d’autre que la punition, ces crapauds. T’as passé ta vie dans la Cité, toi, t’as rien vu au-delà du Mur. Là-bas, ils veulent se faire leur petite loi. Pour eux, on est les flics des citoyens, même si on a passé notre vie en banlieue, pour eux, c’est pareil. Une fois j’ai croisé un gamin qui s’est démené pour me mordre et quand je l’ai immobilisé, il m’a supplié de ne pas l’exterminer. T’entends ? Ils croient qu’on veut les exterminer ! Qu’est-ce qu’on leur raconte à ces gamins ? Franchement, t’as eu la belle vie, c’est pour ça que tu me fais tes petits sermons de merde comme quoi je suis responsable de leur violence…
BLAZE. Mais… comment tu peux croire ça, mais j’hallucine ! Ce ne sont que quelques thèses qui parlent de gène de la violence… c’est de la démagogie, qui va croire ça ? On est pas du tout sûr que ça existe (Vladimir rit dans sa barbe)… et tu as beau rire, la méfiance des gens, nous la subissons ! Ils se raidissent dès qu’ils voient l’uniforme, ils pressent le pas, comme s’ils avaient quelque chose à se reprocher, comme si j’allais leur sauter dessus pour les envoyer en taule ou les expulser en banlieue, histoire de remplir mes ratios. Qu’est-ce que j’en ai à foutre de ces putains de ratios ?
VLADIMIR. C’est pas la mort, t’es régulière et puis ça passe. Regarde, là on a quatre clandestins, on attend un petit cinquième et on rentre.
BLAZE. Est-ce que c’est ça notre boulot ? Remplir des fiches, des stats, attraper son petit gramme de came, chopper sa petite dose de clandestins à virer, c’est ça être flic ? Non, non, un flic c’est pas ça. Assurer la liberté et la sûreté des gens, c’est ça, être flic ! C’est stupide d’attraper des camés quand on pourrait avoir des dealers ! C’est stupide de nous empiffrer de prunes, de shit, tout ça pour être payé à la feuille et faire roucouler les supérieurs ! Je suis folle de rage quand je vois tous ces nouveaux flicards avec leur petit tableau de rendement qui contrôlent aux boulevards et qui gagnent leur salaire sur la bêtise des gens. Est-ce que les gens respecteront la loi, est-ce qu’ils vont nous respecter, nous ? On est des pions ! Tu m’écoutes, Vladimir ?
VLADIMIR. Ouais. Mais franchement, on y peut rien alors autant essayer de faire son boulot correctement.
BLAZE. Peut-être bien. (Un temps) En tout cas, j’ai un thé qui m’attend et je n’ai pas dormi de la nuit, alors je vais prendre un peu d’avance sur la fin de service, tu veux bien me couvrir ?
VLADIMIR. T’inquiète, je comprends, t’es toujours super réglo, Blaze, tu peux bien te permettre ça.
BLAZE. T’es sympa, Vladimir. Je te revaudrai ça. (Elle sort son portable)
VLADIMIR. Pas de souci. (Blaze sort. Vladimir reste seul.) Des fois, elle est vraiment bizarre c’te fille. (Silence. Un des banlieusards tape dans le camion) Ta gueule. (Il insiste.) T’as pas entendu, je t’ai dit : « ta gueule ». (Nouveau coup) Tu la fermes ! (Il sort son pistolet est tire un coup en l’air. Silence à nouveau. Il va s’asseoir sur le banc.) Putain, je m’ennuie maintenant. (Il sort son portable) Plus de batterie, fait chier… (Il le range) Heureusement qu’il pleut pas. Je vais me faire une petite clope. (Il prend son paquet) Il m’en reste plus qu’une… (Il la met à sa bouche et l’allume avec son briquet, tout en fumant, il se balade autour du banc, s’assoit et se lève, s’ennuyant activement) J’vais peut-être voir mon père demain, ça fait longtemps. Faudra pas que j’oublie ma carte de police pour passer le Mur. C’est cool d’être un flic pour ça. On peut passer le Mur quand on veut… gratuitement en plus… on est des passe-murailles. Bon, il se ramène le clandestin là ? Je peux pas en ramener quatre, il en faut cinq sinon c’est pas régulier les stats…et puis je remplis pas mes ratios avec quatre. Qu’est-ce qu’il caille ! Ça va pas m’aider ça… Les crapauds vont crever avant de passer le Mur… ils pourraient mieux surveiller quand même. Ça m’éviterait de me geler le cul sur ces bancs… chaque jour ils baissent un peu la sécurité et on est obligés de se ramener pour arrêter les fraudeurs. Qu’est qu’ils foutent au ministère ? Qu’est-ce qu’elle fout, madame Fatoumata Lagasa ? Les gens vont finir par gronder… (On entend un éclair) Je savais que ça allait me tomber dessus, elle a bien fait de se barrer, Blaze. (La pluie commence à tomber) Et merde. Je peux même pas l’appeler. Je vais retourner au commissariat, tant pis pour les ratios, il y en a pas un qui va s’amuser à rentrer dans la Cité sous cette flotte… (Il va pour sortir mais voit une ombre qui l’arrête.) Qu’est-ce c’est ? (L’ombre court derrière le rideau, c’est celle d’un enfant) Hé, c’est dangereux par là. (Le tonnerre retentit) Stop ! (Il s’approche de l’extrême droite de la scène, un bout de rideau n’est pas tiré) Il y a une brèche, j’espère que… Ça aurait dû être réparé dans la minute. Il y a quelqu’un ? J’vais signaler ça au ministère, c’est pas normal. (Brusquement, Vladimir recule et entre Rhamad, un pistolet contre la tempe de Maya, une petite fille de 10 ans au teint légèrement basané.)
RHAMAD. On se calme, mon poulet… tu me laisses entrer et il y aura pas de problème…
VLADIMIR. Lâche-la, je te jure, je te toucherai en pleine poitrine.
RHAMAD. Si tu t’approches, je la descends.
VLADIMIR. Qu’est-ce que tu fous là ?
RHAMAD. Ils veulent me tuer, j’ai balancé un réseau de passeurs, il y a déjà eu un de mes potes qui s’est fait descendre juste à côté du Mur… alors vas-y mais si tu te loupes, tu ne viendras pas te plaindre… file-moi ta carte de voiture et on se sépare gentiment.
VLADIMIR. Laisse partir la gamine.
RHAMAD. Quand je démarrerai. Vas-y balance.
VLADIMIR, à part. J’ai un petit stratagème qui lui fera bien payer ce qu’il fait. (Il sort une carte magnétique) Prends. (Il lui envoie. Rhamad le rattrape de sa main libre. A part.) Quand il insèrera cette carte dans le démarreur, il va appeler des renforts et ils n’auront plus qu’à venir le cueillir. (Rhamad s’approche de la camionnette, tenant toujours Maya qui suit sans jamais desserrer les lèvres, Vladimir continue, à part) Vas-y, petit con, on va voir si…
RHAMAD. Ah ! (Il s’arrête brusquement)
VLADIMIR. Quoi ?
RHAMAD. Je ne te fais pas confiance.
VLADIMIR, à part. Il est têtu.
RHAMAD. Tu parles dans ta barbe !
VLADIMIR. Pourquoi ne pas monter ?
RHAMAD. Tu me demandes ça ? T’es flic ou quoi ?
VLADIMIR. Mais qu’est-ce que tu attends ?
RHAMAD. J’attends d’être sûr.
VLADIMIR. Oui mais on a déjà donné l’ordre de t’abattre là-bas et de te mettre en prison ici. T’es foutu, mec, t’es foutu…
RHAMAD, l’attrapant par le col et lui collant le pistolet contre le visage. Ah oui ? Eh bien, je pense que tu serais pas contre une petite fouille réglementaire. Maya ?
MAYA. Quoi ?
RHAMAD. Monte dans la camionnette.
MAYA. D’accord. (Elle va vers la camionnette et monte)
VLADIMIR. Mais qu’est-ce que…
RHAMAD. Maintenant, tu connais la procédure… déshabille-toi.
VLADIMIR. Putain, arrête…
MAYA, sortant de la camionnette. Papa, on y va ? Il y a des bruits bizarres dans le coffre du camion.
VLADIMIR, ahuri. Papa ?
RHAMAD, à Maya. J’arrive, Maya, remonte dans le camion. (A Vladimir) Bon, on va faire vite. Viens avec moi. (Il l’emmène. A Maya) Tu remontes, Maya. (Il sort, entraînant Vladimir. Maya avance vers le centre de la scène)
MAYA. Moi je reste pas là-dedans, il y a des gens qui arrêtent pas de parler dans le coffre. J’aime pas. Tout à l’heure, j’ai été coincée dans le coffre de la voiture de papa, il y a eu plein de voix, de cris et tout… il y avait des flics qui voulaient la peau de papa, mais il a été super rapide et il a sauté dans sa voiture et il a fait un burnout, après il a été trop trop vite et on s’est cassés. Quand il m’a sortie du coffre, j’avais la tête qui tourne… (Un temps) Bon, il fait quoi, là ? (Elle s’avance vers l’extrémité droite de la scène) Oh ! (Elle court se mettre en avant-scène) Il est tout nu, le flic. Comme il a pas voulu obéir à papa, il s’est tout fait dépouiller. S’il voulait nous faire peur, c’est raté. Moi, une fois, il y a une fliquette qu’a voulu me le faire, j’avais quand même le droit de garder ma culotte mais elle m’a touchée partout pour voir si je cachais rien. Mais papa est venu me sauver après avec ses copains. (Elle regarde à droite) Oh, il revient, vite ! (Elle court se mettre dans la camionnette. Rhamad revient.)
RHAMAD. Bon, j’en ai fini avec celui-là, heureusement il a rien, je vais pas me faire courser toute la journée. Par contre, j’ai récupéré la vraie carte. Ce flic avait essayé de me baiser. Bon, aller, direction la maison ! (Il entend les coups frappés contre le camion et ouvre l’arrière. Quatre clandestins sortent dont deux s’enfuient immédiatement sans regarder. Les deux autres descendent lentement.)
PREMIER VOYOU. Où est ce connard de flic ?
RHAMAD. Là-bas, je réquisitionne le véhicule, débrouillez-vous avec lui.
SECOND VOYOU. Non, tu vois, on va faire autre chose, tu vas rester là et… (Rhamad sort son pistolet)
RHAMAD. Foutez-moi le camp. (Ils s’éloignent, les mains en l’air. Rhamad sort par la gauche et monte dans la camionnette. Vladimir arrive, à moitié habillé, trempé par la pluie.)
VLADIMIR. Non, non ! Le jour se lève, on va te retrouver ! T’inquiète pas pour ça, je t’aurai, salaud ! (La camionnette démarre et on l’entend s’éloigner. Les deux voyous reviennent vers Vladimir.)
SECOND VOYOU. Mais qui voilà !
VLADIMIR. Qui est là ?
PREMIER VOYOU. Le flic qui nous a coffrés…
SECOND VOYOU. Numéro 1 des expulseurs avec 310 banlieusards jetés dehors cette année…
PREMIER VOYOU. Putain, un tel score, ça mérite une récompense…
SECOND VOYOU. Bah alors, tu dis rien, superman ? Expulse-moi, allez expulse moi, je suis illégal ! Regarde, j’ai pas de papiers !
VLADIMIR. Partez maintenant ou vous serez pris dans la cage.
PREMIER VOYOU. Eh bien, mon poulet, tu vois, il y a pas de cage. Nous sommes les renards libres dans les poulaillers libres.
SECOND VOYOU. Et en bon libre-échange, nous allons légalement te casser la gueule.
PREMIER VOYOU. En fait, nous lançons une OPA sur ton patrimoine corporel.
SECOND VOYOU. C’est ça. (Ils le passent à tabac. Les sirènes retentissent et des officiers de police entrent en même temps que plusieurs banlieusards franchissent la fissure.)
PREMIER VOYOU. C’est quoi ce bordel ?
SECOND VOYOU. Je sais pas comment mais les keufs nous ont repérés ! Ils doivent avoir une caméra ici. (Ils laissent Vladimir sur le sol, amoché.)
PREMIER VOYOU. J’appelle les autres. (Il téléphone, la police se met en place.) Ramenez votre cul tout de suite !
UN POLICIER. Vous là, posez ce téléphone ! A terre ! (Les deux voyous mettent les mains en l’air)
PREMIER VOYOU. Je compte jusqu’à trois…un, deux… (L’endroit où se trouvait la fissure explose et une marée de banlieusards envahit la scène. Ces derniers mettent à leur tour en joue les policiers.)
UN BANLIEUSARD. Ce sont les Rues de la Rage ! Faites-les saigner !
LE POLICIER. Lâchez vos armes !
LE BANLIEUSARD. Crève. (Il tire et tue le policier, une fusillade commence.)
UN POLICIER. Appelez des renforts !
SECOND VOYOU. On se casse ! (Un banlieusard envoie une grenade vers les voitures de police.)
VLADIMIR. Il a jeté quelque chose, sortez de la voiture, sortez ! (Explosion. Les banlieusards repartent tous par le trou formé dans le Mur. Les fusillades cessent peu à peu faute de combattants. Un policier est mort au centre de la scène et près de lui se trouve Vladimir, blessé.)
UN POLICIER. Cet homme est blessé, qu’on l’emmène !
VLADIMIR. Attends, j’aimerais répondre à la presse…
LE POLICIER. Tu répondras plus tard, Vladimir. (Le corps du mort est couvert et transporté hors scène. Entre Lei, mal coiffée, qui vient de se lever. Elle porte un bloc-notes.)
LEI. Un mot, monsieur…
LE POLICIER. Vous ne pouvez pas venir ici, mademoiselle, c’est dangereux, rentrez chez vous.
LEI. Je suis journaliste et je voudrais que vous me donniez des détails sur cet attentat.
LE POLICIER. Nous n’en savons rien pour l’instant, veuillez circuler.
LEI. Connaissez-vous la cause de cette rixe meurtrière ?
LE POLICIER. Je ne sais pas, madame, un camion de police a été volé et il a disparu de nos écrans radars.
LEI. Vous voulez dire que l’un d’entre eux se trouve dans la Cité en ce moment ?
LE POLICIER. Nous mettons tout en œuvre pour le retrouver, nous n’avons qu’un seul témoin et il a été passé à tabac. Un de nos hommes est mort.
LEI. N’est-ce pas étrange qu’un de vos fonctionnaires fasse seul ses rondes dans une zone réputée aussi dangereuse ?
LE POLICIER. Ça ne m’étonne pas, même si ce n’est pas réglementaire, on est en manque d’effectifs à cause des restrictions budgétaires. Ce qui doit arriver arrive. Excusez-moi, je dois aller voir mon chef. (Il sort, on entend des voitures qui arrivent, les micros des médias paraissent. Fatoumata Lagasa entre sur scène, suivie de sa cheftaine de cabinet, Kurumi.)
LEI, écrasée par les micros tendus depuis les coulisses. Madame la ministre, pourrais-je avoir votre réaction ? Eh, on pousse pas la radio, hein ! C’est ça, pouffiasse va !
FATOUMATA. Je donne toujours la priorité à la presse écrite. Axel peut-il répondre aux journalistes ?
KURUMI. Il n’est pas venu depuis deux jours, mes messages restent sans réponse, il ne rentre chez lui que tard dans la nuit, les voisins ne le voient plus. Même pour ses amis, il ne décroche plus. Je l’ai croisé ce matin près du square Goya, les yeux vides et les traits contractés, immobile comme une statue. Il contemplait l’agitation sur son socle de bois comme l’invalide qui rêve chaque nuit de dévaler une colline plus haute que la nuit précédente. Rien ne retenait son regard, tout passait comme une étincelle sans nom et sans couleur. C’était un frisson glacé qu’il y avait dans ses yeux, comme dans ceux d’un homme qui revoie sans cesse la dernière heure de sa vie, incapable de croire à sa mort.
FATOUMATA. Mais quel sens a tout ceci si c’est bien d’Axel dont tu parles ? Ne l’as-tu pas confondu avec un autre ?
KURUMI. Non, j’ai reconnu le bleu de son œil et le blanc de son teint. La crainte s’y lisait mieux que la vie.
FATOUMATA. Alors remplace-le pour l’instant et dis aux journalistes combien je pense que certaines personnes n’ont pas pris leurs responsabilités. Tu vois de qui je parle. (Kurumi sort, suivie des micros. La scène est vide si l’on excepte Fatoumata et Lei, on ne voit plus que la lumière des voitures de police.)
FATOUMATA. Mademoiselle Thang, je suis contente de vous trouver ici si vite parce que d’une part je vous estime et d’autre part, je ne souhaite pas que mes propos soient déformés par les médias audiovisuels qui, comme vous le savez, appartiennent pour la plupart au groupe Vénale.
LEI. Je suis la première à le dénoncer. Alors quels sont les vrais responsables, selon vous, de ce drame, certes regrettable mais hautement prévisible ?
FATOUMATA. Ce sont bien sûr les responsables de l’entretien du Mur. J’ai été informée par la police que les malfrats sont entrés par une fissure qui s’y était faite. Quand je parle des responsables de l’entretien, je veux dire les actionnaires et les gérants de l’entreprise Fabio-Tiger qui possède ce pan du Mur. Ils ont supprimé les postes liés à la sûreté, exposant notre ville et nos citoyens.
LEI. Pensez-vous que le gérant de cette entreprise doit être poursuivi en justice ?
FATOUMATA. Je pense qu’un chef d’entreprise aussi laxiste et aussi inconscient doit être mis en examen pour homicide involontaire. Car c’est à cause de sa négligence et de son appât du gain qu’un policier est mort ce matin.
LEI. Ne craignez-vous pas la réaction du syndicat patronal, conduit par madame Vénale ?
FATOUMATA. Je ne crains rien ni personne quand il s’agit de la sûreté des citoyens.
LEI. Je vous remercie. (Mouvement de foule parmi les journalistes, Kurumi est poussée en scène par la cohue qui se presse autour d’Alain Ventru, ministre des affaires banlieusardes. Ce dernier entre.)
ALAIN. Je l’avais bien dit !
FATOUMATA, à part. Oh non, pas lui !
ALAIN. Comment allez-vous, chère collègue ? Plutôt difficile ces temps-ci, la Sécurité, non ?
UNE JOURNALISTE. Monsieur, que préconisez-vous pour éviter que de tels évènements se reproduisent ?
ALAIN. Je pense, et j’ose le dire haut et fort, qu’il est à présent nécessaire d’entamer des échanges territoriaux entre la Cité et la banlieue qui l’entoure afin de créer deux États, je dis bien deux États, ethniquement homogènes.
LA JOURNALISTE. Le problème serait-il selon vous plus ethnique que social ?
ALAIN. Lorsqu’on coupe un peuple étranger de ses racines, il ne faut pas s’étonner qu’il se révolte. La situation en banlieue est intolérable. Pourquoi, selon vous ?
LA JOURNALISTE. Je ne sais pas, à vous de le dire.
LEI, à part. Mais quelle cire-pompe, celle là ! Je m’en vais lui dire ma façon de penser !
ALAIN. Parce que les chinois, les nord-africains et les autres qui étaient ennemis dans leur pays continuent de l’être dans nos rues ! Ils ont importé leurs guerres et leurs massacres et voilà le résultat.
LA JOURNALISTE. Mettrez-vous tout votre talent au service de la Cité pour régler ce…
LEI. Monsieur Ventru, estimez-vous que les conditions de vie dans lesquelles nous avons obligé ces gens à vivre aient une quelconque importance pour éclaircir les causes de ces violences ?
ALAIN. Je ne comprends pas votre question.
LEI. C’est bien simple : est-ce qu’ils tapent sur nous parce qu’ils sont désespérés ou parce qu’ils sont arabes ?
ALAIN. Je sens dans votre question un ton qui ne me plaît pas beaucoup, celui de la diffamation. Je ne répondrai pas mais soyez heureuse que je ne vous poursuive pas en justice. (A Fatoumata) Si même les journalistes deviennent des voyous, où va-t-on, n’est-ce pas ?
FATOUMATA. Il y a des voyous qui s’ignorent. Viens, Kurumi. (Alain sort ainsi que Fatoumata et Kurumi)
LA JOURNALISTE, à Lei. Ecoutez, mademoiselle, je suis convaincue que notre travail n’est pas de repenser la société, mais de la décrire telle qu’elle est. Et je crois que vous avez dépassé les bornes. Nous sommes là pour informer, non pour dramatiser. Je voulais vous dire ça parce que j’ai été assez choquée par la question insolente que vous avez posée. Nous ne sommes pas des bêtes !
LEI. Vous me parlez de bêtes après vous être vautrée dans toute cette fange de courtisans ! En agissant ainsi, vous ne ferez jamais que de la propagande gouvernementale. Le journaliste est le deuxième penseur de la société, après le citoyen ! Le politique n'est que le troisième ! Informer, c’est critiquer. Et ceux qui prétendent ne jamais critiquer ne sont que de vulgaires outils de communication ! (Elle sort, sous les flashes des autres journalistes qui accourent aussitôt interviewer leur collègue outrée.)
UN JOURNALISTE. S’il vous plaît, pour Cité-potins ! Vous sentez-vous outrée, triste, en colère ? Que pensez-vous de cet éclat ? (La journaliste sourit jusqu’aux oreilles et balance ses cheveux en arrière pour les photos)

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Re: "La cité des Peurs" SOR

Message  Neptune ♆ le Mer 9 Fév - 21:47

Il n'y a pas à dire, tu ouvres joyeusement ce forum en postant ce petit bijou ! Je m'empresse de lire tout ça au plus vite ! Very Happy
PS : C'est Blaze Fielding son vrai nom à Blaze, si tu veux être un peu plus fidèle Wink sauf si c'est voulu de ta part de changer.
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Re: "La cité des Peurs" SOR

Message  Imago le Dim 17 Juil - 23:53

En fait, dans cette pièce, Blaze s'est mariée, c'est pour ça qu'elle a changé de nom.

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Re: "La cité des Peurs" SOR

Message  Neptune ♆ le Lun 18 Juil - 14:18

Okay, ça explique tout !
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Re: "La cité des Peurs" SOR

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